Quels traumatismes votre famille vous a-t-elle transmis ?

Quels traumatismes votre famille vous a-t-elle transmis ?

Les traumatismes peuvent se transmettre sur plusieurs générations ! C’est la théorie défendue par l’analyse transgénérationnelle. D’une part, on a la partie psychologique. On parle alors de psychogénéalogie. Cette discipline permet de voir comment votre place dans la famille peut avoir une influence sur votre vie. D’autre part, quand on parle de transgénérationnel n’oublions pas la biologie ! La génétique intervient également pour appuyer l’hérédité de certaines émotions que vous vivez.

Sur quoi reposent ces analyses ? La famille peut-elle vraiment avoir un tel impact sur vous ? 
Mémé vous a-t-elle transmis sa nanopabulophobie (la peur de nains de jardins à brouette) ?

Autant de mystères que nous allons élucider ensemble !

1. Petite définition de la psychogénéalogie

La psychogénéalogie est basée sur le principe que des comportements inconscients, des traumatismes,ou des conflits non résolus peuvent être transmis de génération en génération. Ces comportements interdisent la réalisation de soi de l’individu. Pour que l’individu en soit conscient et qu’il brise le cycle, il doit étudier son arbre généalogique.

2. Dessine-moi un arbre, je te dirais qui tu es​

Il existe deux façons de représenter son arbre généalogique. Chacune avec des objectifs bien différents ! Voyons ça ensemble 🙂

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2. a. L’arbre mental

Ce que j’appelle l’arbre mental est la technique consistant à dessiner votre arbre généalogique vous-même, simplement en fonction de vos connaissances. Cet arbre peut s’avérer très parlant sur la manière dont percevez votre famille, ainsi que sur les relations que vous entretenez avec ses membres.

Prenons l’exemple d’Alice (un cas décrit par la thérapeute Christine Ulivucci, le prénom est fictif):
Alice a dessiné une première fois un arbre sous lequel elle s’est placée en toute dernière position. Elle s’est positionnée comme si elle était le socle de cette famille et qu’elle devait en porter tous les maux. Ensuite, après cette réalisation, elle a redessiné un arbre sans se placer en bout cette fois. Néanmoins, elle s’est représentée accolée à sa sœur aînée. La branche les séparant était quasi inexistante. Cela lui a permis de mettre le doigt sur la relation fusionnelle et toxique qu’elle entretenait avec sa sœur. Enfin, lors de la troisième séance, elle a pu redessiner un arbre équilibré en se remettant elle et sa sœur à leur place. Elle a décrit cette expérience comme libératrice et a secrètement avoué avoir pleuré à ce moment.

2. b. Le génosociogramme

Le génosociogramme c’est l’arbre généalogique qui va être réalisé plus pragmatiquement, en faisant un maximum de recherches. Il englobe cinq à sept générations si possible. Il marque les dates principales (mariages, naissances, décès, déracinements…), les faits importants de l’histoire de la famille (niveau d’études, professions, séparations, remariages, maladies et accidents, déménagements, traumatismes, incendies, catastrophes, décès prématurés…) et les liens affectifs et familiaux entre les personnes. Il permet de mettre en évidence les schémas répétés au sein de la famille.

La thérapeute Maureen Boigen a mis en évidence ce cas troublant (le prénom est fictif):
Nora est une jeune femme née en France mais dont le reste de la famille, composée de larges fratries, est algérienne. Elle évoque des relations très difficiles avec sa fille ainée de 9 ans. En effet, la petite lui tient tête et lui répond en permanence. Si bien que cela déclenche chez Nora des sensations de frustration, d’impuissance et de culpabilité. C’est alors qu’en retraçant son arbre généalogique elle a mis en lumière de nombreux décès d’enfants aînés dans les deux générations précédentes. Au terme de l’analyse elle a pu se libérer de la peur et de la tension qu’elle ressentait en présence de son aînée. Sans compter qu’elle a pu ouvrir le dialogue à ce sujet avec sa famille.

3. Tentez l’expérience !

Après tout, pourquoi ne pas vous amuser à faire votre arbre ? Je vous garantis que vous serez surpris par tout le chemin parcouru par vos pairs. Préparez-vous à des histoires étonnantes !

Tout d’abord, pour créer un arbre généalogique, commencez par collecter des informations auprès des membres de votre famille. Vous pouvez aussi interroger les gens qui ont connus les membres de votre famille qui ne sont plus là. Par la suite, regardez des documents, des photos, des peintures,  des archives vitales, des journaux, Internet, etc.

Les informations que vous devez tenter de récupérer sur les personnes de votre arbre généalogique sont les suivantes:

  •  Prénom et nom
  • Dates marquantes: naissance, mariage, décès, migration…
  • Événements importants: histoires d’amour, accidents, décès de proche, déménagements, rentrée d’argent, etc….
  • Causes et circonstances du décès
  • Professions, niveau d’études et passions. Changements de carrière, concours sportifs ou artistiques, etc
  • Personnalité: qualité et défauts 
  • Relations avec les autres membres de la famille (rivalités, amitiés, privilèges…)
  • Relations sociales: nombre et type de relations amoureuses, type d’amis, relation avec les enfants
  • Les maladies physiques et psychiques, avec les durées et les types de prise en charge

Par ailleurs, la notion d’enfants illégitimes revient très souvent dans les traumatismes familiaux. Que ce soit des enfants cachés, ou bien des membres de la famille dont un parent n’est finalement pas le parent biologique. Cependant, évitez d’évoquer les escapades lubriques de grand-mamie au prochain repas de Noël, il y a un temps pour tout. 

L’idée n’est pas de monter un arbre parfait, mais de libérer la parole avec vos proches et d’éclairer certaines zones d’ombre de l’histoire familiale.

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4. La transmission des traumatismes familiaux par l’inconscient

L’imitation est la base du développement d’un nourrisson. Que vous le vouliez ou non, vous avez tous commencé en imitant vos parents ! Afin de pouvoir communiquer avec les adultes qui vous entouraient, vous avez imité leurs mimiques, leur langage, et leurs accents. Nous adoptons inconsciemment beaucoup d’attitudes de nos parents. Et c’est comme cela que se transmettent les traumatismes. Je m’explique :

Prenons l’exemple d’une grand-mère qui viendrait d’une famille très pauvre aux parents trop occupés par le travail. Etant l’aînée, elle aurait dû s’occuper de sa fratrie comme une mère. C’est pourquoi, de manière inconsciente, elle aura intégré cette responsabilité de l’aînée. Par la suite, elle pourra fonder une famille “classique”, dans laquelle les enfants n’ont pas d’autre rôle que d’être des enfants. Cependant, de temps en temps, inconsciemment, elle demandera un peu plus d’aide à sa fille aînée pour les tâches quotidiennes qu’à ses frères et sœurs. Par ailleurs, elle sera plus encline à lui reprocher ses comportements infantiles et à la féliciter quand elle fera preuve de sérieux. Ce sont de tous petits détails qui, l’un après l’autre, vont former chez son premier enfant cette image de l’aîné responsable.
Et cette idée se transmettra de la même manière à ses petits-enfants: par touches subtiles et inconscientes.

Ainsi, La transmission d’un traumatisme passe par tous les détails: les remarques, les comportements approuvés ou reprochés, même sur le ton de la rigolade. Le langage non-verbal joue aussi un rôle très important.

Attention, je vous vois venir ! Vous allez me dire que vous n’êtes pas des copies de vos parents. Qu’ils ont des valeurs et des habitudes que vous ne partagez pas. Petits rebelles que vous êtes ! 
Et bien c’est parfaitement normal. En effet, vous pouvez-vous détacher facilement des habitudes familiales qui sont clairement affichées, exprimées et conscientes. Et c’est bien le but de l’analyse transgénérationnelle: mettre en évidence les non-dits pour vous permettre de vous en détacher.

5. On peut transmettre ses traumatismes génétiquement !

Je vais vous présenter ça de manière suuuuuper simple rassurez-vous 🙂 !

On peut transmettre son vécu via son génome. C’est un concept assez récent qui date des années 2010. On appelle cela l’épigénétique, c’est la modification de l’ADN après la naissance. Avant on pensait que l’ADN était gravé dans la roche et non modifiable. Comment ça marche pour les traumatismes ? De nombreuses études ont été faites sur le stress chez les souris. Je vais vous en citer deux.

 Tout d’abord, sachez qu’il existe des prédispositions génétiques au stress. On va simplifier et dire qu’on a un gène ‘Stress’ comme on aurait un gène pour la couleur des yeux. Ce gène peut être ‘Stress++’ (souris très stressée) ou ‘Stress- -‘  (souris trop relax). 

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5. a. Expérience 1: Les spermatozoïdes et le stress

Expérience 1: On a pris un mâle avec le gène ‘Stress- -‘. Donc un mâle bien détendu. On a traumatisé la pauvre bestiole comme pas permis. Puis on l’a fait se reproduire. (Après l’effort le réconfort !)

On a remarqué que:

  1.   Les gènes des spermatozoïdes de ce rat auraient dû être ‘Stress- -‘. A cause du traumatisme du petit mâle, ils sont devenus ‘Stress++’.
  2.   La descendance de ce mâle est ‘Stress++’. Donc le mâle a transmis son traumatisme à ses enfants.
  3.   Les spermatozoïdes des enfants étaient ‘Stress++’. Donc le traumatisme de notre rat peut être transmis à ses petits enfants !

Cela montre qu’un traumatisme peut être génétiquement transmis sur plusieurs générations. Néanmoins, l’inverse est aussi valable, une expérience positive peut être transmise sur plusieurs générations.

5. b. Expérience 2: On a échangé nos mamans !

Expérience 2: On a pris deux femelles souris. Une femelle ‘Stress- – ‘ et une femelle ‘Stress++’. Chacune a fait des bébés auxquels elles ont transmis leur gène de ‘Stress’ respectifs. A la naissance des petits, on a échangés les mamans !

Les bébés ‘Stress- -‘ ont été mis avec la maman ‘Stress++’. Et les bébés ‘Stress++’ ont été donnés à la maman ‘Stress- -‘. Sachez qu’une maman ‘Stress- -‘  sera gentille avec ses petits, et qu’une maman « Stress++ » sera méchante.

On a remarqué que :

  1.   Les petits ‘Stress++’ donnés à une maman ‘Stress- -‘ sont devenus ‘Stress- -‘ ! Donc leur génome s’est modifié ! Pas seulement leur spermatozoïdes cette fois ci, mais leur génome tout entier.
  2.   Ces petits devenus ‘Stress- -‘ ont à leur tour fait des bébé ‘Stress- -‘ . Donc leur changement de génome est resté stable et s’est transmis à la génération suivante.
  3.   De la même manière les bébés ‘Stress- -‘ donnés à une maman ‘Stress++’ sont devenus ‘Stress++’. Et ces bébés ont fait des enfants ‘Stress++’.

Cela montre, d’une part, que le génome est encore très malléable après la naissance. D’autre part, les conditions dans lesquelles sont élevées un enfant peuvent donner lieu à des changements dans son ADN (positif ou négatifs). Ces changements sont suffisamment stables pour être transmis à la descendance.

5. c. Bilan sur la génétique

Beaucoup d’autres expériences montrent la transmission à la descendance des modifications de l’ADN acquises au cours de la vie. Si ça vous intéresse, c’est du côté de l’épigénétique que vous devez vous tourner !

Attention ! N’allez pas croire que vous être stressés génétiquement et que vous ne pouvez rien y faire. J’ai simplifié à mort. Non seulement il existe plusieurs types de stress dépendants des multiples paramètres. Mais encore, dans ces expériences on a étudié la réponse à des hormones spécifiques ou à des conditions de stress bien particulières. 

Rassurez-vous ! Le cerveau humain est suffisamment plastique et résilient pour vous laisser atteindre le bonheur. Et cela quelques soient les épreuves que vous avez surmontées.

6. Conclusion

Votre famille n’est pas la cause de tous vos maux, loin de là ! Mais vous portez en vous une partie de ses forces et de ses faiblesses. Comprendre et se réapproprier son héritage familial, c’est un moyen de faire un pas de plus vers la connaissance de soi et la liberté d’esprit.

Si vous voulez allez plus loin n’hésitez pas à lire le best-seller d’Anne Ancelin Schutzenberger : « Aïe, mes aïeux ! ».

7. Annexes

  • Liberman N., Wang S.Y., Greer E.L; Transgenerational epigenetic inheritance: from phenomena to molecular mechanisms; Current Opinion in Neurobiology, Volume 59, 2019
  • Petra Hajkova, Sylvia Erhardt, Natasha Lane, Thomas Haaf, Osman El-Maarri, Wolf Reik, Jörn Walter, M.Azim Surani; Epigenetic reprogramming in mouse primordial germ cell; Mechanisms of Development, Volume 117, Issues 1–2, 2002
  • Ida Donkin, Romain Barrès; Sperm epigenetics and influence of environmental factors; Molecular Metabolism, Volume 14, 2018
  • Tamara B. Franklin, Holger Russig, Isabelle C. Weiss, Johannes Gräff, Natacha Linder, Aubin Michalon, Sandor Vizi, Isabelle M. Mansuy; Epigenetic Transmission of the Impact of Early Stress Across Generations; Biological Psychiatry, Volume 68, Issue 5, 2010
  • Gapp, K., von Ziegler, L., Tweedie‐Cullen, R.Y. and Mansuy, I.M. (2014), Early life epigenetic programming and transmission of stress‐induced traits in mammals. BioEssays, 36: 491-502
  • David M. Dietz, Quincey LaPlant, Emily L. Watts, Georgia E. Hodes, Scott J. Russo, Jian Feng, Ronald S. Oosting, Vincent Vialou, Eric J. Nestler; Paternal Transmission of Stress-Induced Pathologies; Biological Psychiatry, Volume 70, Issue 5, 2011
  • Skinner, M.K. Environmental stress and epigenetic transgenerational inheritance. BMC Med 12, 2014
  • Nestler EJ (2016) Transgenerational Epigenetic Contributions to Stress Responses: Fact or Fiction? PLoS Biol 14(3): e1002426.
  •  Castillo, J., Amaral, A. and Oliva, R. (2014), Sperm nuclear proteome and its epigenetic potential. Andrology, 2: 326-338
  • Jenne M. Westberry, Amanda L. Trout, Melinda E. Wilson, Epigenetic Regulation of Estrogen Receptor α Gene Expression in the Mouse Cortex during Early Postnatal DevelopmentEndocrinology, Volume 151, Issue 2, 1 February 2010

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