Actualités: le vrai scandale se déroule dans votre cerveau ! Partie 2/3: Les JTs modifient votre cerveau

Actualités: le vrai scandale se déroule dans votre cerveau ! Partie 2/3: Les JTs modifient votre cerveau

Si vous avez lu la Partie 1: Les secrets des JTs pour vous faire peur ! vous savez déjà que les actualités sont volontairement construites de manière anxiogène.

Vous l’aurez deviné, il y a un décalage entre ce qui est représenté à la télévision et la réalité. On vous montre de plus en plus de catastrophes alors que le monde n’est pas moins sûr qu’il y à 20 ans.

Au contraire, entre 1990 et 2013 le nombre de personnes blessées dans des accidents de voitures, des guerres ou des catastrophes naturelles a baissé de 30% selon une étude publiée dans le journal “Injury Prevention” ! De même, en France selon les rapports fournis par l’ONDRP en 2017, les atteintes à la personne sont, selon le type, en baisse ou stables.

 En gros le monde va mieux mais le sentiment d’insécurité augmente. Mais d’où vient cette idée qu’on est menacés par le grand méchant monde ?

television desert

Partie 2: Les JTs modifient votre cerveau !

1. L’heuristique de disponibilité : comment les JTs amènent votre cerveau à se mentir à lui-même

a. L'heuri-quoi ?

Oh punaise ! Une heuri-quoi 😮 ? (J’ai lu dans vos pensées la non :p ?)

 Restez avec moi, la définition est super simple : une heuristique est juste une méthode pour un résoudre un problème sans en analyser tous les paramètres. Et donc l’heuristique de disponibilité est une méthode du cerveau pour analyser un problème rapidement en le comparant aux données disponibles en mémoire. 

Cela veut dire que lorsque vous essayez de déterminer la probabilité ou la crédibilité d’un événement, vous cherchez dans votre tête les images disponibles liées à ce type d’événement. La quantité et le type d’images et d’exemples que vous retrouverez déterminera votre avis sur la question.

b. Heureusement il y a Findus; Findus !

L’heuristique de disponibilité est bien connue des pro du marketing et de la publicité. Ils s’en servent pour influencer l’avis du public en répétant un message qui paraît de plus en plus crédible au fil des répétitions.

2. Pouvez-vous vous fier à votre première intuition ?

a. Je pense donc je sais

Les premiers à étudier l’heuristique de disponibilité ont été Amos Twersky et Daniel Kahneman en 1972.  Ils ont montré que les individus évaluent la fréquence de quelque chose en fonction de la quantité d’images qu’ils possèdent pour cette chose dans leur cerveau. Les faits sont jugés probables parce qu’ils viennent facilement à l’esprit. 

Amusez-vous à demander à quelqu’un de nommer rapidement un animal, une fleur, une couleur et un outil. Les réponses seront très souvent « chien ou chat, rose, rouge ou bleu, marteau ». 
Et quand il faut nommer un oiseau, pratiquement personne ne nomme la poule, car la caractéristique saillante d’un oiseau est de voler. 

quizz

Ainsi, vous voyez facilement qu’on a tendance à surestimer l’importance des informations facilement accessibles dans notre mémoire et celles qui sont particulièrement stéréotypées. 

C’est le cas, par exemple, des suicides chez France Télécom qui paraissent plus fréquents que dans d’autres entreprises parce qu’ils sont relayés plus largement dans les médias.

L’heuristique de disponibilité est simple. Elle se résume par « si je pense à ça, alors c’est vrai ou c’est important. » 

b. Le cerveau aime avoir raison

Si, aux informations, le journaliste s’étend sur un drame de la vie quotidienne, comme un accident dans un escalator, alors on aura tendance à penser que les escalators sont dangereux. 

Et autre point important, le cerveau aime qu’on lui prouve qu’il a raison. Une fois qu’on vous a dit que les escalators étaient dangereux, vous allez remarquer tous les escalators en panne ou en réparation autour de vous. Et vous allez finir par tous les regarder d’un œil suspicieux. C’est quand même dommage de faire monter son taux de stress quotidien à cause d’un reportage sur les escalators.

Cependant, rassurez-vous, votre cerveau n’est pas un traître ! Cette heuristique est efficace pour résoudre de nombreux problèmes de la vie quotidienne avec un minimum d’effort cognitif. Cela vous permet, par exemple, d’être convaincu des aliments que vous devez conserver au frigo sans avoir à lire d’étude très poussée sur le développement bactérien.

Même si pour les œufs le débat reste ouvert 😉 ! 

3. Imiter pour mieux survivre

Une autre astuce cérébrale qui entre en jeu dans la création de sentiments anxiogènes par les médias est l’imitation, décrite par Cialdini dans Influence et ManipulationLe concept est simple : Quand un grand nombre de personne dit quelque chose, on a tendance à le considérer comme vrai.

C’est un réflexe biologique car en condition de survie dans la nature, si tous vos copains évitent les baies empoisonnées, c’est assez judicieux de ne pas en bouffer non-plus.

C’est un phénomène utilisé en marketing. Avez-vous remarqué les : “90% des gens ont adorés”, “Approuvés par nos consommateurs” dans les pubs ? Ces messages qui insinuent que le produit est validé par un grand nombre de gens. Cela appuie sur votre réflexe de survie. Votre cerveau se dit “ Baies empoisonnées, non, shampooing l’Oréal, oui”.

greve train

Pour en revenir au JTs, prenez l’exemple des grèves des transports. Lorsque les médias montrent principalement des usagers en colère et mécontents, le public va, par imitation des usagers contrariés qu’il voit, se positionner contre le mouvement social des transports. Et cela même si le mouvement est en faveur du confort de ces derniers !

4. Quand les images ralentissent votre capacité de réflexion

a. Le cerveau s’adapte aux écrans

Les informations télévisées ont impact plus fort dans le ralentissement de l’analyse rationnelle de l’information que la presse écrite à cause des images présentées.

En effet, une étude publiée en 2011 par des chercheurs de l’Université de Virginie à montré que le visionnage d’images rapides réduit la capacité de concentration et les facultés logiques. 

De même, Olivier Houdé, auteur de nombreux livres de psychologie, a montré que pour s’adapter aux écrans les enfants vont développer des circuits cérébraux qui utilisent surtout une zone du cerveau, le cortex préfrontal, pour améliorer la rapidité de prise de décision. Mais ce schéma de connexions s’établit en réduisant une autre fonction de cette région du cerveau qui consiste à être capable de prendre du recul par rapport à ses émotions, grâce à un processus, qui commence à être élucidé, de « résistance cognitive ». 

b. Le piège des images d’archives

Selon l’INA, les journaux télévisés utilisent un nombre considérable d’images d’archives. En effet, environs 20 % des séquences d’images qui constituent un JT proviennent de divers fonds d’archives. La loi est très vague sur ce thème et ne donne aucune indication sur les infos à donner, le temps que ça doit rester à l’écran, la police d’écriture. Donc un petit “archives” en police 5pt, ton sur ton, en bas à droite de l’écran qui reste 3 secondes max, ça peut suffire.

Prenez l’exemple des images de quais bondés pour annoncer une futur grève des transports, vous pouvez logiquement en déduire que les images proposées sont des archives, car le journal télévisé ne peut pas nous présenter des images du futur. 

vaisseau spatial
Vaisseaux spatiaux en grève, les Wookies en colère !

Mais votre cerveau vous amène t-il toujours à vous interroger sur les conditions et la date de prise de vue des images proposées ?  Nooooope ! Dans cet exemple, à cause de l’heuristique de disponibilité, le cerveau va associer la futur grève à de graves complications pour les usagers. Même si la grève n’a pas encore eu lieu.

5. Effets biologiques de l'anxiété sur le cerveau

Un petit point sur ce qui se passe dans la biologie de notre cerveau ? Allez, si vous avez vu la page A propos, vous savez que j’adore ça. Promis c’est petit paragraphe :p

Le cortisol libéré par la peur ou l’anxiété empêche le fonctionnement optimal des zones frontales du cerveau, ces mêmes zones qui servent au traitement rationnel de l’information. Un climat anxiogène entrave l’esprit critique et on tient plus facilement pour vrai ou crédible l’information catastrophe.

Et voilà ! Vous avez passé le test scientifique avec brio 😉

6. Conclusion

Félicitations, vous savez maintenant de quelle manière la surconsommation d’images anxiogènes affecte votre cerveau et nuit à votre objectivité. Vous avez même appris et compris des mots comme “heuristique de disponibilité” que vous pourrez ressortir pour briller en société (ou pour draguer).

Et c’est bien joli tout ça, mais la grande question de départ c’était: « Comment regarder les JTs affecte ma vie quotidienne et comment m’en protéger ? » Vous commencez à avoir toutes les clés en main pour comprendre, mais je vous donne enfin la conclusion de tout ça dans la partie 3: « Ce que vous choisissez de regarder va changer votre réalité !”.

Sources

Haagsma JA, Graetz N, Bolliger I, et al.The global burden of injury: incidence, mortality, disability-adjusted life years and time trends from the Global Burden of Disease study; 2013; Injury Prevention 2016;22:3-18.

Jean-Stéphane Carnel. Le journal télévisé, un créateur de représentations sociales sous contrainte ? Approche par le recyclage des images d’archives. Sciences de l’information et de la communication. Université Charles de Gaulle – Lille III, 2009.

Bar-On, M. E., Broughton, D. D., Buttross, S., Corrigan, S., Gedissman, A., González De Rivas, M. R., … Stone, J. (2001). Children, adolescents, and television. Pediatrics, 107(2), 423-426. https://doi.org/10.1542/peds.107.2.423

Amos Tversky, Daniel Kahneman,Availability: A heuristic for judging frequency and probability,Cognitive Psychology,Volume 5, Issue 2,1973,Pages 207-232,ISSN 0010-285, https://doi.org/10.1016/0010-0285(73)90033-9.

Amos Tversky, Daniel Kahneman, Judgment under Uncertainty: Heuristics and Biases, Science  27 Sep 1974: Vol. 185, Issue 4157, pp. 1124-1131, DOI: 10.1126/science.185.4157.1124

Gerd Gigerenzer (1991) How to Make Cognitive Illusions Disappear: Beyond “Heuristics and Biases”, European Review of Social Psychology, 2:1, 83-115, DOI: 10.1080/14792779143000033

Heuristics and Biases: The Psychology of Intuitive Judgment publié par Thomas Gilovich, Dale Griffin, Daniel Kahneman

Social Influence: Compliance and Conformity, Robert B. Cialdini and and Noah J. Goldstein, Annual Review of Psychology 2004 55:1, 591-621 

Nolan, J. M., Schultz, P. W., Cialdini, R. B., Goldstein, N. J., & Griskevicius, V. (2008). Normative Social Influence is Underdetected. Personality and Social Psychology Bulletin, 34(7), 913–923. https://doi.org/10.1177/0146167208316691

Robert B. Cialdini, Linda J. Demaine, Brad J. Sagarin, Daniel W. Barrett, Kelton Rhoads & Patricia L. Winter (2006) Managing social norms for persuasive impact, Social Influence, 1:1, 3-15, DOI: 10.1080/15534510500181459

https://www.liberation.fr/debats/2017/11/17/steve-pinker-la-diminution-de-la-violence-dans-le-monde-est-un-phenomene-massif-et-incontestable_1610799

News That Matters: Television and American Opinion, Updated Edition. De Shanto Iyengar, Donald R. Kinder

L’enfant et les écrans. Un Avis de l’Académie des sciences. De Jean-François Bach, Olivier Houdé, Pierre Léna

https://larevuedesmedias.ina.fr/la-banalisation-des-images-darchives-dans-les-jt-un-probleme-ethique

http://inatheque.ina.fr/

https://www.rtflash.fr/comment-images-changent-en-profondeur-fonctionnement-notre-cerveau/article

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